Lyon Natation Métropole : un beau projet

Fort de 2500 adhérents, Lyon Natation Métropole a de belles ambitions. Nous avons eu la chance de rencontrer Yoann Exbrayat, un des coachs du groupe élite, qui nous en dit un peu plus sur ce club.

Bonjour Yoann, pouvez-vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Je m’appelle Yoann Exbrayat, je suis entraîneur de Lyon Natation Métropole, qui regroupe pas loin de 2500 adhérents, il y en avait un peu plus il y a 2 ou 3 ans, c’est une grosse association. En ce qui me concerne je m’occupe plus particulièrement du groupe élite, qui s’entraîne sur plusieurs piscines. Le groupe élite est composé des meilleurs nageurs du club. Ils sont presque tous scolarisés donc nous devons composer avec des emplois du temps bien chargés. C’est un peu complexe dans l’organisation mais c’est le fonctionnement que l’on a.

J’ai commencé en tant que coach en 2005. J’étais pas du tout dans cette optique là, à la base je voulais être ingénieur du son puis ça ne s’est pas passé comme prévu donc pendant 1 an j’ai stoppé les études pour passer un diplôme de maître nageur et c’est plus à ce moment là que je suis devenu passionné. C’est le côté pédagogique qui m’a beaucoup plu, m’occuper des jeunes et les faire progresser. Je me suis donc mis à faire ce métier là. J’étais au début à côté de Saint-Etienne puis je suis allé à Vichy où j’avais pour objectif de monter un Pôle Espoirs. Aujourd’hui je suis à Lyon depuis 1 an et demi, avec un beau challenge. Il y un super projet de développement et je crois beaucoup au travail d’équipe.

2500 adhérents, c’est une grosse structure !

Oui nous avons beaucoup de monde. Sur ces 2500 personnes, il y a environ 300 compétiteurs et le groupe élite est composé de seize nageurs.

Nous sommes deux sur le groupe élite, je travaille avec Stéphane De Battisti qui lui est plutôt sur la partie demi-fond. Nous avons coupé le groupe en deux avec la partie sprint, dont je m’occupe, et la partie de Stéphane qui concerne les longues distances (de 200 à 1500 mètres).

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La plupart des nageurs du groupe élite sont des jeunes encore en études ?

Oui, presque tous. En fait il y en a 4 seulement qui ne font que nager. Il faut savoir qu’il n’y a pas de professionnels, c’est un sport amateur. Nous pouvons donner quelques primes de résultat mais c’est tout. Après, il faut qu’ils se débrouillent. Soit ils font des études et dans certains cas, ont encore leur famille derrière eux ou alors ils ne font que nager et c’est compliqué pour travailler à côté. Ce n’est pas avec le peu qu’on leur donne qu’ils peuvent survivre.

Avez-vous des nageurs étrangers ?

Non, aucun. C’est arrivé dans le temps, il y avait plein de nageurs étrangers à Lyon. Ce n’est pas quelque chose qui a perduré parce que nous nous sommes lancés dans une dynamique de former nos nageurs et de ne pas aller chercher de nageurs extérieurs.

L’objectif du groupe élite c’est quoi ?

À mon arrivée, il y a un an et demi, j’ai eu pour objectif de travailler avec le staff afin que tout le monde aille dans le même sens. Puisque que nous sommes sur six piscines, dix salariés à temps plein et 40 éducateurs au total, il faut un peu de coopération. Là nous sommes partis sur un projet que nous appelons Top 8 2024, l’idée c’est de générer dans un premier temps une masse de nageurs de bon niveau pour arriver aux championnats de France avec plus de nageurs mais surtout plus de nageurs d’un certain niveau. À l’issu de chaque championnat de France, il y a un classement qui fait le cumul des points marqués par tous les nageurs en fonction de leur classement sur chaque épreuve et l’objectif est d’être parmi les huit meilleurs clubs français. C’est assez ambitieux pour le club parce que l’année dernière nous étions 21èmes, là sur les premiers championnats de France qu’on a fait en petit bain, nous sommes 11èmes. Il va falloir travailler main dans la main avec les élus pour améliorer nos conditions de travail.

Quels sont les adversaires du groupe élite en compétition ?

Depuis peu, nous sommes organisés avec des Ligues, qui regroupent les régions. On fait pas mal de compétitions au sein de la Ligue car il y a des grosses structures comme Grenoble ou Clermont-Ferrand et c’est intéressant pour nous car il y a de la confrontation. Nous avons aussi des nageurs qui visent des finales aux championnats de France donc ils se retrouvent face à des grosses structures comme Amiens ou Marseille. Nous avons deux nageurs qui étaient en équipes de France de l’année dernière, Rébecca Gensane, au niveau junior et puis Thomas Piron, qui arrive de Marseille et qui était aux championnats d’Europe junior.

Le groupe élite est-il mixte ? 

Oui complètement. C’est un sport qui fonctionne beaucoup par vague, certaines années il y a beaucoup de garçons et certaines années, beaucoup de filles. Cette année nous avons un peu plus de filles. Les compétitions filles et garçons sont au même endroit et au même moment.

Un nageur du groupe élite, c’est quel âge minimum ?

On a misé sur l’ensemble du staff et on a une section sportive qu’on essaye de transformer en centre de formation pour faire une étape avant le groupe élite. À la sortie de ce groupe là, ils arrivent au niveau élite, mais il n’y a pas de limite d’âge. Les plus jeunes sont âgés de 16 ans.

Quelles sont vos infrastructures ?

Nous avons un fonctionnement un peu particulier puisque nous devons tourner sur plusieurs piscines. Nous nous entraînons à différents endroits en fonction des disponibilités, des emplois du temps de chacun et de ce qui arrange les nageurs. Nous sommes prioritaires en termes de bassin sur les autres groupes du club. Comme nous sommes nombreux, on prend pas mal de place.

Faites-vous du recrutement à Lyon ?

Comme nous avons beaucoup d’adhérents, nous avons fait le pari d’en former un maximum. Après nous pouvons récupérer des nageurs de l’extérieur mais nous n’allons pas les chercher. Ce n’est pas notre façon de fonctionner. Si un nageur me demande mon avis je lui donnerai mais je n’irai pas chercher un nageur pour lui dire de venir à Lyon.

Est-ce que la métropole de Lyon à les moyens de ses ambitions en termes de natation ?

En termes d’accueil, il y a un bon bassin de population, il y a des facs, tout un tas de possibilités scolaires post-bac. J’ai vécu l’inverse quand j’étais à Vichy, c’était compliqué pour les nageurs de continuer par rapport à leurs études, ils étaient obligés de partir à un moment donné. Ce n’est pas le cas à Lyon par contre c’est une ville complexe parce que c’est une grande ville. Les nageurs que nous avons arrivent de partout et ne vont pas dans les mêmes filières éducatives et ne sont donc pas localisés au même endroit. Donc on perd pas mal de temps en trajets, nous avons une organisation difficile parce que chacun à son emploi du temps, son fonctionnement. Nous avons par exemple des nageurs qui sont à l’INSA, qui est très adaptée pour le sport de haut niveau, c’est top de top. Mais ce n’est pas la même organisation que ceux qui sont à Polytech ou en Fac de Droit.

Quelles sont les grosses structures de natation en France ?

Marseille c’est actuellement la plus grosse structure qu’on a, notamment parce qu’il y a eu beaucoup de médaillés. Il y a aussi Nice. Ce sont des structures complètement privées.

La natation est un sport amateur, peut-être en termes de moyens, mais en termes d’intensité c’est clairement un sport professionnel, non ?

Oui complètement ! Le groupe élite c’est dix entrainements de nage par semaine et trois ou quatre entraînements de renforcement musculaire, ce qui correspond à une trentaine d’heures. Chaque nageur fait une quinzaine de compétitions par an, ce sont des compétitions qui sont toujours sur un week-end sauf les championnats de France qui sont sur une semaine complète.

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Les nageurs qui en vivent sont ceux que nous voyons à la télévision, comme Florent Manaudou par exemple ?

Oui c’est ça, parce qu’ils arrivent à obtenir quelques sponsors ou parce que certains clubs arrivent à donner un peu plus d’argent à leurs nageurs.

Quelles sont les caractéristiques d’un bon nageur ?

C’est une bonne question. Comme dans toutes activités, on ne peut pas trop le prédire à l’avance. Les bons nageurs sont surtout de gros bosseurs qui apprennent de leurs erreurs. Ils avancent comme ça. Après en natation, il y a quand même un côté aquatique qui ne s’invente pas. On peut travailler dessus mais il y en a qui sont par nature plus aquatiques que d’autres. Si on est plus grand ça marche bien, si on est explosif aussi. Il y a des profils plus adaptés que d’autres mais le plus important c’est la persévérance. Dans ce sport, il faut s’accrocher. Un nageur très talentueux qui ne s’accroche pas, qui ne travaille pas assez, aura beaucoup de mal à continuer.

À quel âge peut-on commencer de nager ?

On peut commencer à environ cinq ans. Il y a une petite structure bébés nageurs à Vaise mais en général l’apprentissage de la natation commence à cinq ans. On commence par un entraînement par semaine et puis plus l’enfant sera à l’aise plus il pourra s’entraîner.

Est-ce qu’il y a beaucoup de blessures en natation ?

Pas vraiment parce que ce n’est pas un sport à impacts mais c’est très cyclique donc ça implique de l’usure. Nous sommes beaucoup dans la prévention des blessures parce qu’un nageur qui ne s’entraîne pas, il n’est pas bon. On a la chance d’avoir un préparateur physique, qui est ostéopathe, avec lequel j’ai un très bon contact. On est très vigilant là-dessus.

La France peut-elle se comparer à un pays comme les USA au niveau de la natation ?

On a eu une nageuse américaine quand j’étais à Vichy, elle a nagé avec moi pendant un an, nous nous sommes rencontrés  à l’Open de France. Elle a clairement halluciné des contraintes que nous avons en termes d’organisation par rapport à ce qu’il se passe aux Etats-Unis. Eux, ils sont organisés autour du championnat NCAA, qui est top de top. C’est une plus-value d’être sportif là-bas, chez nous c’est une contrainte. J’ai rencontré un recruteur de Floride, qui vient en Europe pour recruter les meilleurs nageurs et les emmener aux Etats-Unis et leur payer leurs études. En France j’ai souvenir de conseils de classe dans des collèges où on m’a dit que les nageurs s’entrainaient trop et devraient ralentir la cadence. On est complètement à l’opposé. Ce qui fait la force de la natation française, ce sont des structures comme Marseille, qui de manière ponctuelle, ont réussi à rassembler des bons athlètes et à les faire travailler ensemble. Il y a de très bons entraîneurs en France qui arrivent à passer entre les mailles du filet et sortir des nageurs. Un coach de natation c’est quelqu’un qui passe son temps à trouver des solutions. En France, il faut en trouver beaucoup !

Quelles sont les grosses nations de natations ?

La France est une bonne nation de natation mais un peu irrégulière. On a la chance d’avoir de bonnes générations sur lesquelles nous arrivons à surfer. Sinon, les Etats-Unis sont très loin devant, la Russie, l’Australie, l’Allemagne. Les Pays-Bas sont, comparativement à la taille du pays, très performants. Il y a aussi l’Italie et la Hongrie.

Que peut-on vous souhaiter ?

Que notre projet Top 8 2024 aboutisse. Ma philosophie c’est que ce qu’on fait c’est un voyage, l’important ce n’est pas la destination mais que tout le monde avance et progresse. Je vis cela comme une aventure humaine, avec des gens exceptionnels qui sortent de la norme et qui s’investissent vraiment. J’espère que ça va continuer le plus longtemps possible et que ça nous amènera encore plus loin. À titre personnel, j’aimerais rentrer dans le staff de l’équipe de France, ce serait une super opportunité.

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Crédit photo : Lyon Natation Métropole

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